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Le paradoxe de Kemi Seba : OUI pour le passeport du « colon », OUI vivre chez le « colon », OUI l’enseignement du « colon » OUI la langue du « colon » et NON le billet du « colon »

Posté par: Just ndiaye| Lundi 18 septembre, 2017 11:09  | Consulté 360 fois  |  0 Réactions  |   

L’arrimage du fcfa à l’euro et garantie par la France fait couler beaucoup d’encre. Ces pourfendeurs du FCFA devraient se  poser un certain nombre de questions avant de réclamer la fin du FCFA pour des raisons d’orgueil idéologique. Il faut sortir de ce débat idéologique et stérile et entrer dans le débat de fond. 

A supposer que la France ne produit ni garantie du FCFA, la première question qu’on pourrait se poser c’est quel pays se chargera de la fabrication des billets pour les 150 millions de personnes? La Cote d’Ivoire, qui n’a jamais accepté de céder le fauteuil du gouverneur de la BCEAO depuis sa création, acceptera-t-elle que la production des billets se fasse dans un autre pays de l’union? Un problème de choix sur le pays qui devra se charger de la fabrication des billets risque de se poser. Certes ça aurait couterait moins cher pour la BCEAO de fabriquer l’argent dans nos Etats mais l’amortissement sera élevé. Encore que nous importons tout l’équipement (machine de fabrication, billet, encre, pièces métal etc…). Et s’il y a une instabilité politique dans le pays de fabrication de la monnaie, que feront les autres pays?, puiser sur les réserves ou transférer le lieu de fabrication? Pour rappel le siège de la BCEAO a été transféré à Dakar suites des évènements de la cote d’ivoire, vous vous imaginez un peu si la cote d’ivoire fabriquait également les billets? Je vous rappelle que la BCEAO a été braquée 5 fois.  Dakar a failli enter dans le chaos en 2012, avec un président qui voulait un troisième mandat en toute violation de la constitution. Le Mali a failli sombrer, à cause de groupuscule de bandits (djihadistes) et d’un petit Sanogo qui semait la terreur. Nos états sont instables, nos institutions faibles, les présidents tripatouillent les institutions comme ils veulent, violent les constitutions en complicité avec le conseil constitutionnel, la corruption à tous les niveaux, du président en passant par les ministres, députés, directeurs de société. Y a-t-il un état crédible qui aura la confiance des autres pays pour se charger de la fabrication des billets?

A supposer que nous menons notre politique monétaire, quel régime de change sera mis en place, fixe ou flottant? Quel que soit le régime mis en place, bénéficiera-t-il tous les états de l’union, d’autant plus qu’il y a une grande disparité économiques au niveau de nos Etats? Même si c’est un régime de change flexible qui est opté, bénéficiera-t-il à toutes les économies de l’union? A titre d’exemple, une hausse de la monnaie peut être avantageuse pour la Cote d’ivoire et pas le Sénégal ou le mali, une baisse de la monnaie peut  être avantageuse pour le Niger ou le Sénégal et désavantageuse le Gabon ou la cote d’ivoire. L’union monétaire ne peut pas être avantageux à tous les Etats de l’union, certains états vont perdre d’autres vont gagner, il faudrait qu’il ait des mécanismes de compensation en développant le commerce intracommunautaire,  (en Europe, les accords de partenariat à coup de milliards d’euro entre les différents Etats sont très développés). Par contre le commerce  intracommunautaire de l’uemoa est très faible et aucun mécanisme de compensation n’est possible. Et les critiques actuelles selon lesquelles la fluctuation du FCFA ne dépend pas de l’économie africaine mais de l’économie européenne (dominé principalement par la France et l’Allemagne) risquent d’être reproduites si nous gérons notre propre monnaie, à titre d’exemple le malien ou le nigérien  pourrait se dire que la fluctuation de leur monnaie ne dépend pas de l’économie malienne mais d’un autre pays de l’union et aucun système de compensation n’est envisageable. Ces désagréments au sein de l’union risquent d’entrainer à la longue la dislocation de l’union monétaire.

A supposer que les accords sur le FCFA avec la France soient annulés, la nouvelle monnaie de l’union sera-t-elle arrimée à une monnaie internationale, le dollar, le livre sterling, le yen etc…? sinon sera-t-elle reconnue internationalement? Et puis il n’y a aucune théorie économique qui dit que si une monnaie (A) est arrimée à une monnaie forte (B); la monnaie (A) devient une monnaie forte, tout dépend du taux d‘arrimage, à titre d’exemple si 1£(monnaie forte)=2500 FCFA, dans ce cas on peut admettre que le FCFA est une monnaie faible, par contre si 1£= 1.5 FCFA, le FCFA peut être considéré comme une monnaie forte. Pour l’instant le FCFA est l’une des monnaies les plus faibles de la sous régions : 1 dalsis gambien= 11.93 fcfa, 1 roupie mauritanien =16.43 fcfa, 1 dinar lybien=403.04 fcfa, 1 Naira nigerian= 1.52 FCFA , 1 cedis ghanéen= 123.78 fcfa, 1 dollar liberien= 4.69 fcfa. Au regard de ces informations comment certaines personnes osent ils avancer que FCFA est une monnaie forte parce que arrimée à une monnaie forte?

L’argument selon lequel la garantie de la monnaie par la France entraine un taux d’emprunt  élevé au sein de l’uemoa contrairement en Europe ou le taux d’emprunt es faible, est faux parce qu’il n’y a aucun pays africain (les pays qui ont leur propre monnaie) où le taux d’emprunt est faible envoisinant celui des pays développés.

Le FCFA ne constitue pas un obstacle pour le développement des Etats de l’union sinon la Mauritanie qui a sa propre monnaie allait mieux se développer que les autres états de l’union, il en est de même pour la Gambie, la Guinée, le Liberia, la Sierra Leone (tous ces Etats ont leur propre monnaie et pourtant……..). Même le Nigéria, le Ghana qui sont souvent cités en termes de comparaison, s’ils ont des PIB élevés c’est dû à leurs ressources et non à leurs monnaies.

Il est temps de dépassionner le débat sur le FCFA et mettre fin à certaines idées comme « colons » et « colonisés ». Tous les peuples ont été colonisés dans leur histoire, la France et toute l’Europe ont été colonisées  par Rome. Les relations entre la France et certains pays africains doivent de plus en plus tendre vers une relation de partenariat égale à égale. La France est notre premier partenaire économique et militaire; dans le cadre de la formation, ce que la France accueille comme étudiants africains aucun autre pays développé ne le fait, c’est compréhensible que l’Afrique francophone ait des relations particulières avec la France.

Le paradoxe est que s’il s’agit de chaussures, des livres; de voitures, de la technologie, de se soigner, de vivre en France certains pourfendeurs du FCFA ne parlent pas de « colons » ni du passeport du colon qu’ils utilisent avec fierté,  mais s’il s’agit de fabrication de billets fcfa, ils parlent de «billets de colons », il faut arrêter, c’est un faux débat. La réflexion devrait s’orienter sur le partenariat monétaire et effectuer une évaluation pour déceler les avantages les inconvénients et les risques. Mais il est important de savoir qu’au-delà de l’UEMOA et du CEMAC , aucune autre union monétaire n’a pu se réaliser en Afrique (à part en Afrique du Sud avec un nombre très restreint de pays). Donc attention même si la France y tire profit il faut reconnaitre qu’elle a réussi à maintenir l’union monétaire depuis sa création  et ce n’est pas dans la passion ni dans des idéologies qu’il faut revoir les conventions et accords de partenariat. 

 L'auteur  Just ndiaye
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Mots Clés: Senegal, Dakar, Just Ndiaye
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Just ndiaye
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